Aujourd'hui 18 juin nous fêtons : Saint Hervé - Abbé en Bretagne (✝ 568)

Diocèse de Valence

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Tibhirine, les veilleurs de l’Atlas
   

[...] Tibhirine, ce n’était qu’un îlot, mais de lumière, et il rayonnait un peu trop sans doute pour tous ceux qui n’ont d’yeux que pour la nuit. Les moines ne prêchaient pas, ils étaient. Là où était la haine, ils mettaient l’amour, comme bien longtemps avant eux François d’Assise. Il y avait bien influence, mais qui ne cherchait pas à influencer. Ce n’étaient pas comme l’ont écrit leurs juges iniques des moines orgueilleux. L’exact opposé plutôt. Autour d’eux, on ne s’y méprenait pas, les brigades de la terreur ne recrutaient pas tellement à Tibhirine. Cela devenait dangereux pour les fourriers de la violence. L’impressionnant dans ce chemin monastique, c’est son caractère communautaire, qui est d’origine à vrai dire. Tibhirine c’est cela, un groupe d’hommes avec chacun ses faiblesses, ses limites, mais qui se forgent une conviction commune dans des conditions qui feront date.

Le maintien des moines à l’Atlas ne relevait pas d’une décision téméraire de leur part mais de leur engagement. Leur fidélité et leur attachement, non à la lettre, mais à l’Esprit de leur règle monastique, les avait fixés là, stabilisés - ou plutôt stabliés dit-on dans le langage des cloîtres. Pour les huit frères de Tibhirine, sans oublier les quatre de Fès, qui étaient de la même famille, l’Atlas était leur terre d’établissement, au cœur d’un monde où ils n’étaient même plus minoritaires. Comme l’Église dans toute l’Afrique du Nord, ils relevaient de l’imperceptible, une petite graine apportée par les vents de l’Esprit et qui se devait d’y enfoncer ses fragiles racines. Au creux de tombeaux au besoin. Mais c’est l’Évangile qui parle du grain tombé en terre et qui y meurt pour porter du fruit. Frère Christian n’employait guère l’image du grain, mais il en connaissait la loi qui est celle de toutes les fécondités spirituelles.

Il est difficile d’imaginer ce qu’aurait pu être la vie de ces moines après. Tibhirine en effet n’aurait pu, et pour longtemps, accueillir autre chose que des tombes. Quelle vie fut celle de Lazare une fois sorti du tombeau ?

Quand les familles furent consultées par les services officiels pour décider du lieu d’inhumation des frères, il n’y eut pas de leur part la moindre hésitation. Toutes dirent : à Tibhirine sans s’être concertées. « Donnez et il vous sera donné », ce fut vrai à la lettre pour ces frères de l’Atlas et tous ceux qui leur étaient liés d’avance, ou l’ont été depuis. Car innombrables sont ceux que leur destin a touchés. Pas seulement parmi les chrétiens. On a pu dire que la France avait été comme réévangélisée en une semaine par la mort de ces moines. L’Algérie n’a pas échappé à l’onde de choc qui venait ajouter à l’ampleur de son malheur. [...]

Extrait de “Tibhirine, les veilleurs de l’Atlas" de Robert Masson, Cerf/Saint-Augustin, Paris, 1997






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