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Diocèse de Valence

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La vie continue...

Quatorze ans après le massacre des moines français, le drame hante encore toutes les mémoires. Au monastère, pourtant, la vie continue, grâce au dévouement de villageois et au courage d’un prêtre et de quelques religieuses. Nous sommes retournés sur ces lieux habités par le souvenir de sept hommes de paix.


   

Tibhirine, cela signifie « les jardins », en kabyle. Tibhirine, c’est aussi un village peuplé de quelques centaines d’âmes, accroché dans les collines de la région de Médéa, en Algérie, à une petite centaine de kilomètres au sud d’Alger. Tibhirine, c’est surtout une vie sans fioritures. Le quotidien, ici, est fait de petits bonheurs simples, et surtout d’austérité. L’été, la chaleur y est écrasante. Les hivers y sont aussi longs que rigoureux. Mais face à la beauté sauvage et préservée du paysage, on comprend aisément l’attachement des villageois à ce petit bout de paradis sur terre. Un paradis devenu enfer le temps d’une guerre.

Difficile d’imaginer qu’ici, au milieu de cette splendeur, s’est introduit le pire de l’ignominie. Pendant les dix années de guerre civile qui ont endeuillé le pays dans les années 1990, la région a été l’un des principaux bastions islamistes, et donc un haut lieu stratégique de la lutte antiterroriste menée par les militaires algériens. Au cœur de ces affrontements, une population impuissante, réduite au silence et prise en étau entre la furie meurtrière des uns et la répression violente des autres. C’est à Tibhirine, dans ce contexte particulier, que s’est joué le drame dont ont été victimes les sept moines cisterciens français, enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 par un commando d’hommes barbus. De ces hommes de paix, on ne retrouvera que les têtes, jetées dans des sacs plastique, sur le bord d’une route à l’entrée de la ville de Médéa, le 30 mai suivant. Christian (le responsable de la confrérie), Christophe (l’agriculteur), Michel (le cuisinier), Célestin (l’hôtelier qui avait la réputation d’être un bon vivant), Luc (le médecin installé depuis plus de quarante-sept ans en Algérie, qui soignait gratuitement les habitants de la région), les frères Bruno et Paul, arrivés la veille pour une brève visite au monastère, tous les sept ont été tués. Seuls Amédée et Jean-Pierre ont échappé au rapt.

Quatorze années se sont écoulées depuis le massacre. Notre-Dame-de-l’Atlas, majestueuse bâtisse du XIXe siècle, est toujours là pour témoigner de la présence - encore palpable - des religieux. Mais le silence et la quiétude des lieux sont presque assourdissants, tant ils résonnent encore de leur absence vertigineuse. Ce vacarme du manque, le père Jean-Marie Lassausse vient l’interrompre deux fois par semaine. C’est à ce rythme, depuis près de dix ans, que ce prêtre ouvrier de la Mission de France se rend au monastère de Tibhirine. Après de nombreuses missions en Ethiopie, en Tanzanie, au Maroc et en Egypte, le religieux est venu perpétuer le message des frères, ici, à Tibhirine en Algérie. Message de l’échange, du respect, du partage et du dialogue entre musulmans et chrétiens. Deux fois par semaine, le prêtre prend la route. Inlassablement, Jean-Marie parcourt la centaine de kilomètres qui séparent Alger de Tibhirine, emprunte la route sinueuse et difficile des gorges de la Chiffa.
Il passe à proximité des multiples barrages qui entravent les voies d’accès. Se soumet sans ciller aux contrôles des militaires, mitraillette au poing, rappelant à ceux qui seraient tentés de l’oublier que l’état d’urgence n’est toujours pas levé en Algérie, et que cette guerre fratricide a fait près de 150.000 morts, sans parler des milliers de disparus.

Dans sa voiture, l’homme d’Eglise continue son chemin. Et chaque fois, en empruntant la petite nationale qui mène à l’entrée de Médéa, il passe à proximité de l’arbre où les têtes des moines ont été retrouvées. Trois d’entre elles étaient accrochées aux branches, les quatre autres jetées au sol. « Ce drame, c’est un tremblement de terre dans la tête des villageois. Ils ont eux-mêmes creusé les tombes pour l’enterrement… Mais ils ne s’en sont toujours pas remis. Très attachés aux moines depuis des générations, ils ne peuvent, encore aujourd’hui, concevoir que cette boucherie soit l’œuvre d’Algériens », raconte Jean-Marie, les yeux perdus dans son pare-brise. Le véhicule grimpe la colline menant au village. Une fois débarrassé de l’escorte policière chargée de l’accompagner ostensiblement à bon port - à chacun de ses déplacements, sans exception - le prêtre referme la lourde porte du monastère.






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